Ambitions gouvernementales françaises 2025 : relancer le marché des pompes à chaleur avec de nouveaux dispositifs d’aide
Le marché français des pompes à chaleur traverse une période difficile après plusieurs années de forte croissance. Face à cette situation, le gouvernement français maintient ses ambitions élevées pour 2025 et au-delà, avec l'objectif ambitieux de produire un million de pompes à chaleur en France d'ici 2027. Cette volonté s'accompagne de promesses de dispositifs d'aide rénovés pour stimuler ce secteur clé de la transition énergétique, mais les mesures concrètes tardent à se matérialiser.

L'objectif d'un million de pompes à chaleur françaises : un défi industriel de taille
Les pompes à chaleur représentent un équipement central dans la stratégie de transition écologique pour les logements français. Placées au cœur des dispositifs d'aide comme MaPrimeRénov', elles sont considérées comme essentielles pour la décarbonation du chauffage résidentiel.
En septembre 2023, le président Emmanuel Macron a fixé un objectif ambitieux : produire un million de pompes à chaleur en France d'ici 2027. Cette ambition vise à réduire la dépendance aux importations asiatiques, qui représentent actuellement plus de 60% du marché selon l'Association française pour la pompe à chaleur (AFPAC).
Cependant, la réalité est encore loin de cet objectif. Une étude de l'Observatoire des énergies renouvelables publiée en septembre 2024 révèle que la capacité de production française ne dépasse pas 250 000 unités par an. Pour atteindre l'objectif présidentiel, les estimations d'Uniclima et de l'AFPAC indiquent qu'il faudrait :
- 5 milliards d'euros d'investissements d'ici 2030 ;
- la création de 50 000 emplois dans toute la filière.
Des aides conditionnées à une fabrication européenne : une promesse sans concrétisation
L'une des annonces les plus marquantes pour soutenir la filière française des pompes à chaleur a été faite en avril 2024 par Bruno Le Maire, alors ministre de l'Économie. Il avait déclaré : "Nous réserverons dès 2025 les aides publiques aux seules pompes à chaleur françaises et européennes qui respectent les meilleures performances environnementales."
Cette annonce s'inscrivait dans un plan d'action global comprenant plusieurs mesures destinées à :
- soutenir l'innovation dans le secteur ;
- favoriser l'investissement dans de nouvelles capacités de production ;
- renforcer la formation des professionnels de l'installation.
Pourtant, plus d'un an après cette déclaration, aucune législation n'est venue concrétiser cette conditionnalité des aides. Le gouvernement n'a pas non plus communiqué de nouveau sur ce sujet, laissant la filière dans l'incertitude quant à l'application effective de cette mesure pour 2025.
Un soutien gouvernemental réaffirmé malgré les difficultés
Bien que les mesures concrètes tardent à se matérialiser, le gouvernement continue d'exprimer son soutien à la filière des pompes à chaleur. Interrogé sur la fermeture de l'usine de fabrication de pompes à chaleur de Mertzwiller en Alsace, le ministre de l'Économie Éric Lombard a récemment réaffirmé l'engagement de l'État.
Il a notamment rappelé plusieurs actions en faveur du développement des pompes à chaleur :
- le lancement d'une campagne de communication nationale pour favoriser leur installation;
- l'augmentation de la TVA sur les chaudières à gaz, rendant les pompes à chaleur comparativement plus attractives ;
- la poursuite du dispositif MaPrimeRénov', notamment pour les copropriétés et les "monogestes" (remplacement d'un seul équipement) ;
Le ministre a également souligné que la France travaille de concert avec ses partenaires européens pour mieux protéger les industries du continent et développer une stratégie industrielle commune dans ce secteur.
2024, une année noire pour le marché des pompes à chaleur
La réalité du marché contraste fortement avec les ambitions affichées. L'année 2024 a été particulièrement difficile pour le secteur des pompes à chaleur, avec une chute drastique des ventes dans toutes les catégories :
- baisse de 40,4% pour les pompes à chaleur air-eau ;
- recul de 23,8% pour les pompes à chaleur géothermiques ;
- diminution de 12,1% pour les pompes à chaleur air-air d'une puissance inférieure à 17,5 kW ;
- baisse de 4,7% pour les pompes à chaleur air-air d'une puissance supérieure à 17,5 kW.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation préoccupante :
- le ralentissement significatif du marché immobilier, tant dans l'ancien que dans le neuf ;
- les changements fréquents dans les dispositifs d'aide, notamment la suspension temporaire de MaPrimeRénov' ;
- la confusion générée par ces modifications successives, qui dissuade de nombreux propriétaires d'investir.
Malgré ces difficultés, il est important de noter que le marché français reste le premier en Europe, devant l'Italie et l'Allemagne, qui connaissent des tendances similaires.
Perspectives 2025 : une reprise progressive attendue
Les perspectives pour 2025 et au-delà ne sont pas toutes négatives. Uniclima, le syndicat professionnel des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques, se montre optimiste quant à une reprise progressive de la demande des particuliers, portée par plusieurs facteurs favorables :
- la baisse de l'inflation et des taux d'intérêt, qui devraient améliorer le pouvoir d'achat des ménages ;
- la diminution du tarif de l'électricité observée depuis février 2025, qui renforce la compétitivité des pompes à chaleur face aux chaudières à gaz ;
- les mesures défavorables aux solutions de chauffage au gaz (augmentation de la TVA, exclusion des dispositifs d'aide).
Selon une analyse du cabinet LCP Delta, spécialisé dans la transition énergétique, une reprise du marché devrait s'amorcer fin 2025, avant un véritable retour à la croissance en 2026.
Les dispositifs d'aide pour 2025 : entre continuité et incertitudes
Pour 2025, le gouvernement a confirmé la poursuite du dispositif MaPrimeRénov', qui reste l'aide principale pour l'acquisition de pompes à chaleur. Toutefois, les modalités précises et les éventuels ajustements du programme n'ont pas encore été détaillés.
Le flou persiste également concernant la mise en œuvre de la conditionnalité des aides à l'origine européenne des équipements. Cette mesure, si elle était appliquée, pourrait avoir un impact significatif sur le marché et les choix des consommateurs.
Les industriels français du secteur attendent des signaux clairs et stables pour relancer leurs investissements. Comme le souligne Uniclima dans son bilan 2024 : "Nos industriels ont besoin de croissance et de visibilité pour se projeter. Ils restent néanmoins déterminés à réactiver leurs projets dès que les conditions seront à nouveau favorables."
L'année 2025 s'annonce donc comme une période charnière pour les ambitions gouvernementales françaises concernant le marché des pompes à chaleur, entre volonté politique affichée et nécessité de mesures concrètes pour soutenir efficacement la filière.
En définitive, si le cap fixé pour 2027 reste ambitieux, c'est bien la cohérence et la stabilité des dispositifs d'aide qui détermineront la capacité de la France à développer sa filière nationale de pompes à chaleur et à atteindre ses objectifs climatiques.
