Réforme du DPE en 2026 : 850 000 logements électriques sortiront du statut de passoire énergétique
Le gouvernement français a annoncé une modification majeure dans le calcul du diagnostic de performance énergétique (DPE) qui entrera en vigueur le 1er janvier 2026. Cette réforme vise à mieux prendre en compte les spécificités du mix énergétique français, largement décarboné grâce au nucléaire. Le coefficient de conversion de l'électricité en énergie primaire passera de 2,3 à 1,9, ce qui aura pour conséquence directe de faire sortir environ 850 000 logements chauffés à l'électricité du statut de "passoire énergétique". Une mesure qui modifiera considérablement le paysage immobilier français, sans nécessiter de travaux de rénovation énergétique pour les propriétaires concernés.

Un rééquilibrage du DPE en faveur des logements électriques
Le diagnostic de performance énergétique (DPE) est devenu un outil central dans la politique de rénovation énergétique des bâtiments en France. Lancé en 2006, il a acquis une valeur "opposable" depuis juillet 2021, permettant à un acheteur de se retourner contre le diagnostiqueur ou le vendeur d'un bien immobilier en cas d'erreur significative. Cependant, son mode de calcul actuel présente une limite importante : il désavantage les logements chauffés à l'électricité par rapport à ceux utilisant le gaz ou le fioul.
En effet, dans le système actuel, l'électricité est pénalisée par un coefficient de conversion de 2,3, tandis que le gaz naturel bénéficie d'un coefficient de 1, bien plus avantageux. Selon Matignon, cette situation "contribue à freiner l'électrification des usages, pourtant essentielle à notre stratégie énergétique et climatique, et nuit à la lisibilité des investissements pour les ménages". La réforme annoncée vise donc à "corriger une inégalité de traitement pénalisant jusqu'ici les logements chauffés à l'électricité".
Impact concret sur le parc immobilier français
Cette modification du coefficient de conversion de l'électricité, qui passera de 2,3 à 1,9, aura des conséquences significatives. Selon les prévisions du gouvernement, ce changement permettra à environ 850 000 logements de sortir de la catégorie des passoires énergétiques (classés F ou G), sur les 5,8 millions actuellement recensés en France.
Nicolas Goldberg, expert en énergie pour Colombus consulting, explique que cette réforme vise principalement à "corriger les DPE qui aujourd'hui défavorisent beaucoup l'électricité dans les petites surfaces, que ce soit en raison du chauffage ou du ballon d'eau chaude". Il précise que "cette modification évite à certains logements de moins de 40 m² d'être classés comme des passoires thermiques parce qu'ils sont à l'électricité, alors qu'ils ne l'auraient pas été s'ils avaient été chauffés au gaz".
Pour les propriétaires concernés, ce changement présente un avantage considérable : leurs biens pourront retrouver une valeur marchande plus élevée et revenir sur le marché locatif sans nécessiter de travaux de rénovation énergétique. À noter que depuis le 1er janvier 2023, les logements classés "G+" ne peuvent plus être mis en location, tout comme ceux classés "G" depuis le début de l'année. Cette interdiction sera étendue aux biens classés "F" à partir de 2028, puis à ceux classés "E" dès 2034.
Calendrier et mise en œuvre de la réforme
La modification du DPE devrait être effective au 1er janvier 2026. Avant cela, le gouvernement prévoit de publier un arrêté en septembre 2025, précédé d'une consultation publique qui sera lancée dans les prochains jours. Cette démarche vise à recueillir les avis des différentes parties prenantes et à affiner les modalités d'application de la réforme.
Pour le gouvernement, cette évolution s'inscrit dans une stratégie plus large visant à favoriser l'utilisation de l'électricité, en capitalisant sur le mix énergétique français largement décarboné grâce au nucléaire. L'objectif est également de "cibler plus efficacement les aides à la rénovation énergétique sur les logements chauffés aux énergies fossiles", comme l'indique Matignon, alors qu'une refonte des règles d'attribution de ces aides est actuellement en réflexion.
Des inquiétudes soulevées par les associations de consommateurs
Si cette réforme est accueillie favorablement par les propriétaires de logements chauffés à l'électricité, elle suscite néanmoins des préoccupations chez les associations de défense des consommateurs. David Rodrigues, membre de l'association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV), considère qu'il s'agit d'une "très mauvaise décision" qui risque d'inciter les propriétaires à "renoncer à rénover leur logement".
"On est dans des logements qui peuvent être indécents, dans des passoires énergétiques, qui sont difficiles à occuper, avec des factures qui sont importantes. Et le fait de déclassifier ces logements ne va pas les rendre plus habitables pour autant", argue-t-il. Selon l'association Négawatt, cette offre locative de logements de mauvaise qualité énergétique concerne 1,2 million d'habitations.
Nicolas Goldberg souligne également que cette réforme "décourage la rénovation thermique dans ces petits logements chauffés à l'électricité où les factures peuvent être compliquées pour les locataires". La question de la performance énergétique réelle des logements et de son impact sur les factures des occupants reste donc entière, malgré l'amélioration "sur le papier" de la classification énergétique.
Vers une fiabilisation du DPE
Cette réforme intervient dans un contexte où la fiabilité du DPE est régulièrement questionnée. Le 3 juin dernier, la Cour des comptes a d'ailleurs appelé l'État à rendre plus fiable ce diagnostic, dont les étiquettes peuvent parfois être considérées comme floues ou erronées.
Le changement du mode de calcul du DPE pour les logements électriques constitue donc une étape importante dans l'évolution de cet outil, qui joue un rôle de plus en plus central dans le marché immobilier et la politique de transition énergétique française. Il reflète également la volonté du gouvernement de prendre en compte les spécificités du mix énergétique national et d'encourager le recours à l'électricité, une énergie considérée comme bas carbone en France.
Cette réforme, si elle améliore la situation des propriétaires de logements électriques, devra néanmoins s'accompagner de mesures complémentaires pour garantir le confort thermique des occupants et la poursuite des efforts de rénovation énergétique du parc immobilier français.
