Comment évolue le prix de l’électricité en France ?
Logement, déplacements, chauffage …, l’électricité est un poste très important du budget des ménages. La France est l’un des plus gros consommateurs d’électricité en Europe, avec une moyenne de 2240 kW par an et par habitant. L’augmentation des prix de l’électricité est donc un vrai sujet de préoccupation tant pour les particuliers que pour les professionnels et les pouvoirs publics.
Une ou deux fois par an, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) propose une révision du tarif réglementé de l’électricité (tarifs bleus d’EDF). Ces tarifs réglementés de vente de l’électricité sont publiés dans un arrêté signé conjointement par les ministères de l’Économie et de l’Écologie.
En 2025, le prix du kWh au tarif réglementé s'élève à 0,1952 € pour l'option base et l'abonnement varie de 9,88 € par mois pour un compteur 3 kVA à 30,89 € par mois pour un compteur 36 kVA.
Mais comment ce tarif est-il fixé ? De quoi dépend-il ? Quelles sont les causes de l’augmentation de prix ? Quelle a été l’évolution des tarifs de l’électricité ces dix dernières années et quelles sont les perspectives à moyen terme ? On fait le tour de la question.

De quoi dépend le prix de l’électricité ?
Quelle est la composition des tarifs de l’électricité ?
Les prix de l’électricité comprennent une part de fiscalité, une part liée à l’acheminement de l’énergie et une part liée à l’électricité elle-même.
Sur le montant total, on distingue une part fixe et une part variable :
- La part fixe comprend les coûts d’acheminement, les coûts de commercialisation et le montant de l’abonnement qui dépend de la puissance souscrite (en kVA) et de l’option choisie (option de base ou option heures pleines / heures creuses) ;
- La part variable est proportionnelle à la quantité d’électricité consommée sur une période donnée, exprimée en kWh. L’option heures pleines / heures creuses permet de bénéficier d’un prix du kWh moins élevé durant certaines heures de la journée (généralement la nuit).
Fourniture de l’électricité
Le tarif de l’électricité comprend bien entendu et d’abord le coût de l’électricité fournie. C’est sur cette part « énergie » que se joue la différence entre les offres au tarif réglementé de vente et les offres de marché.

Pour rappel, en France, depuis 2007, le marché de l’électricité pour les particuliers a été ouvert à la concurrence, ce qui signifie que le consommateur peut choisir entre le fournisseur historique EDF et des fournisseurs alternatifs dont le nombre se multiplie.
Les tarifs réglementés d’EDF et des entreprises locales de distribution sont aujourd’hui en concurrence avec des offres de marché compétitives.
Et pour que la concurrence joue à plein, le consommateur peut changer de fournisseur gratuitement, sans délai, et sans démarche.
On distingue aujourd’hui quatre types d’offres :
- Les offres au tarif réglementé de vente (TRV), appliqué par EDF ;
- Les offres de marché indexées sur le tarif réglementé, avec un pourcentage de réduction par rapport à ce tarif ;
- Les offres à prix de marché, qui évoluent selon le prix du marché de gros ;
- Les offres à prix fixes, bloqués pour une durée d’un, deux ou trois ans.
Les offres de marché proposent généralement des prix inférieurs de 5 à 15% par rapport au tarif réglementé, avec des fournisseurs alternatifs offrant diverses options comme l'électricité verte ou des prix fixes garantis.
La part « énergie » de la facture du consommateur comprend les coûts d’approvisionnement en énergie, la marge du fournisseur et les coûts de commercialisation (notamment facturation, service client, traçabilité de l’origine de la production de l’électricité, certificats d’économie d’énergie (CEE).
Acheminement de l’électricité
Le prix de l’électricité comprend également une part liée aux frais d’acheminement de l’énergie par les réseaux de transport (pour les lignes de très haute et haute tension) et par les réseaux de distribution (pour les moyennes et basses tensions). Les acteurs de l’acheminement sont :
- RTE (Réseau de Transport d'Électricité) pour le transport d’électricité sur de longues distances ;
- ENEDIS pour le transport sur la majeure partie du territoire français.
Sur votre facture, ce montant est souvent identifié sous la dénomination « TURPE », Tarif d’Utilisation des Réseaux Publics d’Électricité. Cette part acheminement permet aux gestionnaires de réseau de financer les charges d’exploitation, de développement et d’entretien des réseaux.
Son montant dépend de la puissance souscrite et de la quantité d’électricité consommée, mais elle ne dépend pas du fournisseur choisi.
Le TURPE respecte trois principes :
- il doit couvrir les coûts engagés par le gestionnaire de réseaux ;
- il est identique quelle que soit la distance entre le lieu de production et le lieu de consommation de l’électricité ;
- les tarifs sont identiques sur tout le territoire national (pour des profils de consommation équivalents).
Taxes et contributions
Les tarifs de l’électricité comprennent une part fiscalité qui se compose des taxes suivantes :
- la contribution tarifaire d'acheminement (CTA), qui s'élève à 21,93 % du montant de l'abonnement et finance l'assurance vieillesse des employés des industries d'électricité et de gaz.
- l'accise sur l'électricité : cette taxe, qui a remplacé l'ancienne Contribution au Service Public de l'Électricité (CSPE) et les Taxes sur la Consommation Finale d'Électricité (TCFE), est fixée à 29,98 €/MWh pour les particuliers à partir du 1er août 2025. Elle finance le développement des énergies renouvelables et est intégrée au budget de l'État.
- les taxes locales (communale et départementale) sur la consommation finale d’électricité (TCCFE et TSCFE), entre 0,5 €/MWh et 9,6 €/ MWh. Les TCFE remplacent depuis 2011 la TLE (taxe locale sur l’électricité) ;
- la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) qui s'applique à un taux de 20 % sur l'ensemble des composantes de la facture (abonnement, CTA, consommation et accise sur l'électricité) pour les puissances souscrites inférieures ou égales à 36 kVA."
Quelle est l'évolution des prix de l’électricité ?
Les Français paient leur électricité moins chère que leurs voisins de l’ouest européen, même si l’écart se réduit. La France bénéficie en effet d’un parc nucléaire qui limite les frais d’approvisionnement, mais aussi de frais d’acheminement moins élevés et d’une taxation moins agressive que chez ses voisins européens.
À la fin des années 1990, les prix de l’électricité ont diminué. Dans les années 2000, ces prix ont connu une relative stagnation.
Entre 2010 et 2020, on cumule environ 30% d’augmentation. Depuis 2021, vous ne serez pas surpris d’apprendre que les prix de l’électricité ont subi une véritable flambée ces dernières années. Arrêtons-nous sur les chiffres de plus près.

| Date | Évolution tarifaire du tarif réglementé de vente de l’électricité |
|---|---|
| Août 2010 | + 3,00 % |
| Juillet 2011 | + 1,70 % |
| Juillet 2012 | + 2,00 % |
| Août 2013 | + 5,00 % |
| Novembre 2014 | + 2,50 % |
| Août 2015 | + 2,50 % |
| Août 2016 | -0,50 % |
| Août 2017 | + 1,70 % |
| Février 2018 | + 0,70 % |
| Août 2018 | -0,50 % |
| Juin 2019 | + 5,90 % |
| Août 2019 | + 1,30 % |
| Février 2020 | + 2,40 % |
| Août 2020 | + 1,54 % |
| Février 2021 | + 1,61 % |
| Août 2021 | + 0,48 % |
| Février 2022 | + 4,00 % (bouclier tarifaire) |
| Février 2023 | + 15,00 % (bouclier tarifaire) |
| Août 2024 | + 9,8 % |
| Février 2025 | + 8,6 % |
Depuis 1990, les prix de l’électricité ont augmenté moins vite que l’inflation. Cette tendance s’est inversée en 2021.
Le prix du kWh pour un compteur de 6 kVA est passé de 0,1168 €/ kWh en 2011 à 0,1952 €/ kWh en 2025, soit une augmentation de 67% sur 14 ans.
En 10 ans, entre 2010 et 2020, les tarifs réglementés de l’électricité ont augmenté de 30 %. Sur la facture du consommateur, cela se traduit par une augmentation de 50% environ.
En 2021, le prix de l’électricité a subi une augmentation historique, passant de 50 €/ MWh en janvier à 222 €/ MWh en décembre. À l’été 2022, on montait à 700 €/ MWh.
Face à cette augmentation, les pouvoirs publics ont mis en place des dispositifs pour aider les ménages à faire face à leur facture d’électricité, comme le chèque énergie pour les foyers les plus modestes, ou le bouclier tarifaire sur l’électricité.
En janvier 2022, ce bouclier tarifaire limitait la hausse des tarifs réglementés de l’électricité à 4%. L’objectif était de limiter la hausse des tarifs à 38€/ an pour les particuliers et de 60€/ an pour les professionnels. Depuis février 2023, le bouclier tarifaire limite la hausse des tarifs réglementés de l’électricité à 15% (environ 20 € par mois).
Le bouclier tarifaire prend fin progressivement en 2025, avec une suppression complète prévue pour février 2026, ce qui pourrait entraîner une nouvelle hausse significative des tarifs.
Les raisons de l’augmentation du prix de l’électricité ?
Comment fonctionne le marché de l’électricité ?
L’électricité française est produite par des centrales françaises, ou issue de l’importation européenne (lorsque l’électricité étrangère est moins chère ou lorsque la production nationale n’est pas suffisante).
Les fournisseurs s’approvisionnent en électricité sur le marché de gros avant de la revendre aux particuliers ou aux entreprises. La production d’électricité s’adapte à la demande. Le prix de gros dépend donc des coûts de la dernière centrale appelée pour assurer la fourniture de l’énergie.

On parle du marché spot lorsque les fournisseurs achètent l’électricité la veille pour le lendemain, ou du marché à terme pour une fourniture d’énergie différée.
Les prix sont fixés chaque jour par les opérateurs de marché, par des enchères communes. Et les fournisseurs répercutent ces prix sur les particuliers.
Une autorité administrative indépendante, la commission de régulation de l’énergie (CRE) s’assure du bon fonctionnement du marché de l’électricité, et veille à ce que les consommateurs bénéficient à la fois d’un juste prix et d’une bonne qualité de service.
L’augmentation de prix de l’électricité qui atteint des niveaux record depuis 2021 peut s’expliquer par de nombreux facteurs.
À partir de 2026, la fin du système ARENH (Accès Régulé à l'Électricité Nucléaire Historique) et la mise en place d'un nouveau mécanisme de taxation des surprofits d'EDF modifieront profondément la formation des prix de l'électricité.
L’augmentation du coût du gaz
Le prix de l’électricité dépend des autres marchés de l’énergie.
Une partie de l’électricité produite et importée est issue de centrales à gaz. Si le prix du gaz augmente, les coûts de production de l’électricité augmentent corrélativement.
Or du fait de la grosse reprise de l’activité économique en 2021, la demande a augmenté fortement ce qui a entraîné une forte augmentation des tarifs sur les marchés de gros, et les prix du gaz ont flambé.
De plus, les coûts des énergies fossiles augmentent en raison de la fiscalité « écologique » qui s’y appliquent (principe du pollueur-payeur).
La guerre en Ukraine
Le risque de l’arrêt de l’importation de gaz russe consécutif à la guerre en Ukraine (à titre de sanction envers la Russie) a obligé les marchés à anticiper les baisses de livraison de gaz russe.
La conséquence a été une augmentation du prix du gaz, et corrélativement du prix de l’électricité.
Bien que la crise de 2021-2023 (Covid, Ukraine) soit passée, ses effets structurels sur le parc nucléaire et les mécanismes de marché perdurent.
Les difficultés du nucléaire
La demande d’électricité a brusquement augmenté mi-2021 en raison de la reprise forte de l’activité économique suite à la crise sanitaire liée à la COVID-19.
Dans le même temps, le marché de l’électricité a dû faire face à une diminution de production d’énergie nucléaire, suite à la faible disponibilité du parc nucléaire français et à l’arrêt de plusieurs réacteurs, en raison de corrosion de portions de tuyauterie de circuits auxiliaires d’une partie des réacteurs et d’opérations de maintenance (retardées en 2020-2021 du fait de la crise sanitaire).

La France s’est lancée dans une vaste entreprise de rénovation du parc nucléaire, avec de gros investissements ; le plan de grand carénage devrait permettre d’allonger la durée de vie des centrales nucléaires de 20 ans.
Le prix des quotas de CO2
Le coût de l’électricité est également lié aux prix des quotas de CO2.
En effet, les producteurs d’énergie européens achètent des droits d’émission en CO2 sur un marché d’échange des quotas d’émission de CO2. Or certaines centrales françaises fonctionnent au gaz et au charbon, et émettent beaucoup de dioxyde de carbone. Plus le prix de l’émission de CO2 augmente, plus le prix de l’électricité augmente.
La taxation
La taxation a un rôle majeur dans l’augmentation des tarifs de l’électricité. En effet, le montant des taxes peut être revu à la hausse par les pouvoirs publics à tout moment.
Entre 2012 et 2016, la fiscalité de l’électricité a augmenté de plus de 40%.
En 2021, les taxes (hors TVA) payées par les ménages représentaient 20% du prix TTC de la facture d’électricité du consommateur.
L'accise sur l'électricité (anciennement CSPE) en particulier a augmenté de 650% depuis 2002.
Les frais d’acheminement
Les frais d’acheminement de l’électricité ont également augmenté du fait des investissements importants qu’EDF a dû faire pour développer et entretenir le réseau d’électricité français, qui est le plus long d’Europe.
De plus, l’uniformisation du marché européen à laquelle la France participe impacte les tarifs liés au transport de l’énergie.
Le taux du TURPE (tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité) est déterminé par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), et il est révisé chaque été. Ces tarifs ont subi de fortes augmentations en août 2019 et août 2020 pour couvrir les coûts associés aux infrastructures de réseaux.
Prévisions pour les prix de l’électricité en 2030
Quelle augmentation les consommateurs vont-ils subir en 2025-2026, et à moyen terme ?
Les prix de l'électricité en 2025-2026
En 2025, les tarifs réglementés ont augmenté de 8,6% en février, après une hausse de 9,8% en août 2024. Pour 2026, la suppression complète du bouclier tarifaire en février pourrait entraîner une nouvelle augmentation significative, estimée entre 10 et 15% selon les projections de la CRE.
En 2025, le bouclier tarifaire vit ses dernières heures : l'État réduit son aide en remontant progressivement l'accise sur l'électricité (fiscalité).
Conséquence : la baisse actuelle des prix sur les marchés de gros ne se voit pas sur votre facture, car elle est compensée par cette hausse des taxes. La fin totale du dispositif en 2026 marquera le retour à la "vérité des prix".

Pour rappel, le bouclier concerne les particuliers ayant souscrit un contrat aux tarifs réglementés de vente ou un contrat annexé sur les tarifs réglementés de vente d’électricité. Mais les consommateurs dont le contrat est annexé sur les prix de gros ne sont pas protégés par le bouclier tarifaire et subissent la hausse de prix à plein pot.
Prévisions à moyen terme
Et après ? L’augmentation des tarifs de l’électricité ne va malheureusement pas s’arrêter. L’union Française de l’Electricité (UFE) prévoyait en 2012 en augmentation de 50% d'ici à 2030... prévision qui est déjà dépassée notamment du fait du contexte économique et géopolitique.
Nombreuses sont les enquêtes effectuées pour connaître la tendance d'ici à 2030. Qu’il s’agisse de la Cour des comptes, de la CRE, de l’UFE, ... tous les organismes s’accordent pour prévoir une continuation de l’augmentation des tarifs de l’électricité.
Les projections pour 2030 anticipent une stabilisation relative des prix après les turbulences actuelles, grâce notamment aux investissements dans les énergies renouvelables et à la modernisation du parc nucléaire. Cependant, les coûts de transition énergétique continueront d'impacter les tarifs.
Une touche d’optimisme cependant : l’investissement actuel dans les réseaux et la production permettra de limiter le coût à terme pour le consommateur final. Et comptons sur la recherche scientifique et les nouvelles technologies qui sont actuellement à l’étude pour mettre davantage en concordance production d’énergie et demande !
En attendant, n’hésitez pas à changer de fournisseur d’électricité pour bénéficier de l’offre la plus avantageuse : le changement peut se faire à tout moment, gratuitement, et sans démarches.
Pour comparer efficacement les offres, utilisez le comparateur officiel du médiateur national de l'énergie qui permet d'évaluer les différentes options selon votre profil de consommation et votre puissance souscrite.
